Recrutement

D'une école non cible à la banque d'affaires : la méthode pour décrocher votre place

8 min de lecture

Vous n'êtes pas à HEC, à l'ESSEC ou à l'ESCP, et vous visez quand même la banque d'affaires ? Bonne nouvelle : c'est faisable. Moins bonne nouvelle : vous ne pourrez pas suivre le même chemin que les étudiants des écoles cibles.

Le parcours existe, et il est assez balisé. Il demande simplement plus de méthode, plus d'anticipation et un niveau technique sans faille. Voici comment vous y prendre, étape par étape.

Ce que « école cible » veut vraiment dire

Avant de parler stratégie, il faut comprendre le problème. Une école cible, c'est une école où les banques recrutent activement : présentations sur le campus, forums, anciens élèves bien placés dans les équipes, filières de candidature quasi officielles.

En France, on pense d'abord aux grandes écoles de commerce parisiennes les plus cotées, à certaines écoles d'ingénieurs et à quelques masters universitaires réputés en finance. Le reste du paysage, c'est-à-dire la majorité des étudiants, se situe en dehors de ce cercle.

Pourquoi c'est plus difficile pour vous

Ce n'est pas une question de talent. Le vrai handicap tient à trois choses :

  • La visibilité : les banques reçoivent énormément de CV et utilisent le nom de l'école comme premier filtre.
  • Le réseau : vous avez moins d'anciens élèves dans les équipes M&A pour transmettre votre candidature.
  • L'information : vos camarades ne connaissent pas forcément les calendriers, les questions techniques ou les codes du secteur.

Tout l'enjeu de votre stratégie consiste à compenser ces trois handicaps, un par un.

La stratégie des stages en escalier

C'est le cœur du sujet. Un étudiant d'école non cible décroche rarement un stage dans une grande banque internationale du premier coup. En revanche, il peut monter marche par marche.

Étape 1 : une première expérience en finance, même modeste

Votre premier objectif, c'est d'avoir une ligne crédible sur votre CV. Plusieurs portes sont plus accessibles :

  • Les boutiques M&A small-cap et mid-cap, qui recrutent souvent hors des écoles cibles et vous font travailler sur de vrais dossiers.
  • Les départements Transaction Services des cabinets d'audit et de conseil, où vous faites de la due diligence financière : excellent pour la technique comptable.
  • Les équipes de corporate finance des banques régionales, qui accompagnent des PME et des ETI dans leurs cessions et acquisitions.
  • Les fonds de private equity de petite taille, qui ont parfois besoin de stagiaires pour analyser des dossiers.

Dans une petite structure, vous toucherez souvent à plus de choses qu'un stagiaire noyé dans une grande équipe. C'est un argument que vous pourrez exploiter en entretien.

Étape 2 : un stage mid-market reconnu

Avec une première expérience pertinente, votre CV change de catégorie. Vous pouvez viser des boutiques plus établies ou des banques mid-market reconnues sur la place parisienne.

À ce stade, votre école compte moins que votre expérience. Un recruteur qui voit un stage en M&A avec des opérations concrètes sait que vous avez déjà construit des modèles et rédigé des documents de présentation.

Étape 3 : la grande banque ou la boutique de premier plan

C'est la marche finale : un stage de fin d'études ou un poste d'analyste dans une banque de premier plan. Arrivé ici, vous êtes un candidat avec deux ou trois stages en finance, pas un « étudiant d'école non cible ».

À retenir : chaque stage doit servir de tremplin vers le suivant. Choisissez-les en pensant à l'histoire que votre CV racontera dans deux ans.

Exemple de parcours type

Voici à quoi peut ressembler un parcours réaliste (à titre d'illustration) :

  1. Fin de première année de master : stage de 2 à 3 mois en Transaction Services.
  2. Césure, premier semestre : stage de 6 mois dans une boutique M&A small-cap.
  3. Césure, second semestre : stage de 6 mois dans une banque mid-market.
  4. Fin d'études : stage de fin d'études dans une grande banque, avec une offre d'emploi à la clé si tout se passe bien.

L'année de césure est votre meilleure arme. Si votre école la propose, utilisez-la.

L'option du master complémentaire

Certains étudiants choisissent une autre voie : compléter leur formation par un master spécialisé en finance dans une école plus ciblée, après leur cursus initial.

C'est une option sérieuse, mais pas automatique. Pesez bien :

  • Le coût : ces programmes sont souvent chers, renseignez-vous précisément sur les frais et les possibilités de financement.
  • Le calendrier : vous devez candidater aux stages dès le début du programme, donc être prêt techniquement avant même d'y entrer.
  • L'effet réel : un master ne remplace pas l'expérience. Un candidat sans aucun stage en finance restera fragile, même avec un diplôme prestigieux.

L'idéal, c'est de combiner les deux : arriver dans ce master avec déjà une ou deux expériences pertinentes.

Construire un réseau quand on n'en a pas

Le réseau est souvent ce qui fait la différence entre un CV lu et un CV ignoré. Vous allez devoir le construire vous-même.

Ciblez les bonnes personnes

Sur LinkedIn, cherchez en priorité :

  • Les anciens de votre école qui travaillent en banque d'affaires, même s'ils sont peu nombreux. Ils ont fait le même chemin que vous et sont souvent les plus disposés à aider.
  • Les analystes et associates plutôt que les directeurs : ils sont plus proches du recrutement des stagiaires et répondent plus volontiers.
  • Les personnes au parcours similaire au vôtre, passées par une boutique avant une grande banque par exemple.

Écrivez des messages courts et précis

Un bon message tient en quelques lignes. Par exemple :

Bonjour Camille,

Je suis étudiant en master à [votre école] et je prépare ma candidature pour un stage en M&A. J'ai vu que vous étiez passée par une boutique mid-cap avant de rejoindre [banque], un parcours que j'aimerais suivre. Auriez-vous 15 minutes pour un échange téléphonique dans les prochaines semaines ?

Merci d'avance, Thomas

Trois règles d'or :

  • Ne demandez jamais un stage directement dans le premier message. Demandez un échange.
  • Préparez vos questions avant l'appel : sur le quotidien, le recrutement, les dossiers.
  • Remerciez et donnez des nouvelles quelques semaines plus tard. C'est souvent là que la personne propose de transmettre votre CV.

Être techniquement irréprochable

Voici une vérité un peu dure : un candidat d'école cible peut se permettre une hésitation en entretien. Vous, beaucoup moins. Votre niveau technique doit lever tous les doutes sur votre formation.

Les sujets à maîtriser absolument

  • La comptabilité : les liens entre compte de résultat, bilan et tableau des flux de trésorerie.
  • La valorisation : comparables boursiers, transactions comparables, DCF, et le passage de la valeur d'entreprise à la valeur des fonds propres.
  • Le LBO : la logique d'effet de levier, les sources de création de valeur, le calcul approximatif d'un IRR.
  • Les fusions-acquisitions : opération relutive ou dilutive, paiement en numéraire ou en titres, prime de contrôle.

Un exemple de question classique

« Les D&A augmentent de 10. Quel est l'impact sur les trois états financiers ? » On suppose un taux d'impôt de 25 %.

  • Compte de résultat : le résultat d'exploitation baisse de 10. L'impôt baisse de 2,5. Le résultat net baisse donc de 7,5.
  • Tableau des flux de trésorerie : on part du résultat net (−7,5), puis on réintègre les D&A, qui sont des charges non décaissées (+10). La trésorerie augmente de 2,5.
  • Bilan : à l'actif, les immobilisations baissent de 10 et la trésorerie augmente de 2,5, soit −7,5 au total. Au passif, les capitaux propres baissent de 7,5 via le résultat net. Le bilan est équilibré.

Si vous savez dérouler ce type de raisonnement calmement, en expliquant chaque étape, vous envoyez un signal très fort au recruteur.

Montrez que vous suivez les marchés

Préparez deux ou trois opérations récentes que vous connaissez en détail : les parties, la logique stratégique, le mode de financement, les éventuels points de débat. Et ayez un avis personnel dessus. C'est l'une des questions où l'on distingue le plus facilement un candidat motivé d'un candidat qui récite.

Transformer votre parcours en argument

Ne cachez pas votre école. Assumez-la et racontez une histoire cohérente.

Votre réponse à « Pourquoi la banque d'affaires ? »

Votre parcours non cible peut devenir une force s'il montre :

  • Une motivation réfléchie : vous n'êtes pas là par effet de mode, vous avez construit ce projet stage après stage.
  • De la ténacité : vous avez obtenu des opportunités sans réseau tout fait, ce qui demande de l'initiative.
  • Une vraie expérience : en boutique, vous avez souvent eu plus de responsabilités qu'un stagiaire dans une grande équipe.

Par exemple : « Lors de mon stage en boutique, j'ai travaillé sur la cession d'une ETI industrielle, de la rédaction du mémorandum d'information jusqu'aux échanges avec les acquéreurs potentiels. C'est là que j'ai compris que je voulais faire ce métier sur des opérations de plus grande taille. »

C'est concret, crédible, et ça répond à la question mieux qu'un discours général sur « l'intensité » ou « le stimulant intellectuel ».

Les erreurs qui coûtent cher

Pour finir, voici les pièges les plus fréquents chez les candidats d'écoles non cibles :

  • Candidater trop tard : les grandes banques recrutent souvent plusieurs mois à l'avance. Renseignez-vous sur les calendriers dès le début de votre année.
  • Viser uniquement les grandes banques : envoyer 50 candidatures aux mêmes établissements de premier plan sans expérience préalable mène souvent à 50 refus.
  • Négliger la forme du CV : une page, des chiffres concrets, aucune faute. Le moindre défaut pèse plus lourd quand votre école n'ouvre pas les portes à elle seule.
  • Réciter la technique sans la comprendre : les recruteurs creusent. Si vous avez appris une réponse par cœur, ils le verront à la deuxième question.
  • Abandonner après les premiers refus : c'est normal d'en recevoir beaucoup. La différence se fait sur la durée.

En résumé

Venir d'une école non cible ne vous ferme pas la banque d'affaires. Cela vous oblige simplement à jouer une autre partie :

  • Montez en escalier grâce à des stages de plus en plus reconnus.
  • Construisez votre réseau activement, avec des messages ciblés et sincères.
  • Visez l'excellence technique pour lever tous les doutes.
  • Racontez votre parcours comme une preuve de motivation et de ténacité.

Le chemin est plus long, c'est vrai. Mais les candidats qui l'empruntent arrivent souvent en entretien avec plus d'expérience concrète que les autres. Et ça, les recruteurs le remarquent.

Entraînement

Maintenant, dites-le à voix haute.

Travaillez de vraies questions d’entretien avec leurs réponses modèles, faites corriger chaque réponse et passez des entretiens blancs face à un banquier.

À lire aussi : Recrutement

Sign in to continue

Your account is free and comes with 100 credits. Once signed in, you come back right here.