Comptabilité

Dotation aux amortissements +10 $ : l'impact sur les 3 états financiers, ligne par ligne

6 min de lecture

« Si la dotation aux amortissements augmente de 10 $, que se passe-t-il sur les trois états financiers ? » C'est l'une des questions techniques les plus fréquentes en entretien de banque d'affaires. Elle paraît simple, mais beaucoup de candidats se trompent sur le sens de la variation de trésorerie.

Dans cet article, nous déroulons le raisonnement ligne par ligne, chiffres à l'appui, puis nous voyons comment le présenter en 30 secondes devant un recruteur.

Les hypothèses à poser avant de répondre

Commencez toujours par énoncer vos hypothèses. Cela montre au recruteur que vous structurez votre pensée.

  • Taux d'impôt de 25 %, proche du taux de l'impôt sur les sociétés en France. Vous pouvez aussi choisir un autre taux, à condition de l'annoncer.
  • L'amortissement est déductible fiscalement. La charge comptable réduit donc aussi l'impôt réellement payé. Cette hypothèse permet d'ignorer les impôts différés.
  • Il s'agit d'une dotation aux amortissements des immobilisations corporelles (le « depreciation » anglais). Le raisonnement est identique pour les immobilisations incorporelles.
  • Rien d'autre ne change : pas de CAPEX supplémentaire, pas de variation du BFR.

Étape 1 : le compte de résultat

La dotation aux amortissements est une charge d'exploitation. Elle se situe sous l'EBITDA et au-dessus de l'EBIT.

LigneImpact
EBITDA0 $
D&A+10 $ (charge supplémentaire)
Résultat d'exploitation (EBIT)−10 $
Résultat avant impôt−10 $
Impôt sur les sociétés (25 %)−2,5 $
Résultat net−7,5 $

Pourquoi l'EBITDA ne bouge pas

L'EBITDA est calculé avant les dotations aux amortissements. Une variation de D&A n'a donc aucun effet sur cet agrégat. Certains recruteurs posent la question en piège : « Et l'EBITDA ? » La réponse est simplement : inchangé.

La logique de l'impôt

Le résultat avant impôt baisse de 10 $. L'impôt baisse donc de 10 × 25 % = 2,5 $. Le résultat net ne recule que de 10 × (1 − 25 %) = 7,5 $.

C'est ce qu'on appelle l'économie d'impôt liée à l'amortissement (tax shield).

Étape 2 : le tableau des flux de trésorerie

On part toujours du résultat net, puis on réintègre les charges non décaissées.

LigneImpact
Résultat net−7,5 $
Réintégration des D&A+10 $
Flux de trésorerie d'exploitation+2,5 $
Flux de trésorerie d'investissement0 $
Flux de trésorerie de financement0 $
Variation nette de trésorerie+2,5 $

Pourquoi on réintègre les 10 $

La dotation aux amortissements est une charge non décaissée. Aucun argent ne sort de l'entreprise quand on la comptabilise. Le décaissement a eu lieu au moment de l'achat de l'immobilisation, via les CAPEX.

On a déduit ces 10 $ pour calculer le résultat net. Il faut donc les rajouter pour retrouver le flux de trésorerie réel.

Pourquoi la trésorerie augmente

C'est le point clé de la question. Le seul effet « cash » de la dotation, c'est la baisse de l'impôt payé : 2,5 $ de moins décaissés auprès de l'administration fiscale.

Retenez la formule : variation de trésorerie = D&A × taux d'impôt. Ici, 10 × 25 % = 2,5 $.

Étape 3 : le bilan

Il reste à vérifier que l'actif et le passif varient du même montant.

À l'actif

  • Trésorerie : +2,5 $ (issue du tableau des flux de trésorerie)
  • Immobilisations corporelles nettes (PP&E) : −10 $, car l'amortissement cumulé augmente de 10 $

Total actif : −7,5 $

Au passif

  • Dettes : 0 $. L'économie d'impôt a été encaissée en trésorerie, aucune dette d'impôt ne change sous nos hypothèses.
  • Capitaux propres : −7,5 $, via les réserves (résultats non distribués), qui reçoivent le résultat net de l'exercice

Total passif et capitaux propres : −7,5 $

Le bilan est équilibré : −7,5 $ des deux côtés.

Récapitulatif en un coup d'œil

État financierLigneImpact
Compte de résultatEBITDA0 $
Compte de résultatEBIT−10 $
Compte de résultatImpôt−2,5 $
Compte de résultatRésultat net−7,5 $
Flux de trésorerieFlux d'exploitation+2,5 $
BilanTrésorerie+2,5 $
BilanPP&E nettes−10 $
BilanCapitaux propres−7,5 $

La réponse type en entretien

Voici une formulation que vous pouvez adapter. Elle tient en une trentaine de secondes.

« Je suppose un taux d'impôt de 25 % et un amortissement déductible fiscalement. Sur le compte de résultat, l'EBIT baisse de 10, l'impôt baisse de 2,5, donc le résultat net baisse de 7,5. Sur le tableau des flux de trésorerie, je pars de −7,5 de résultat net et je réintègre les 10 de D&A, qui est une charge non décaissée : la trésorerie augmente de 2,5. Au bilan, côté actif, la trésorerie monte de 2,5 et les immobilisations nettes baissent de 10, soit −7,5. Côté passif, les capitaux propres baissent de 7,5 via les réserves. Le bilan est équilibré. »

Conseil : suivez toujours le même ordre (compte de résultat, puis flux de trésorerie, puis bilan) et terminez par la phrase « le bilan est équilibré ». Le recruteur sait ainsi que vous avez vérifié votre logique.

Les erreurs les plus fréquentes

  • Dire que la trésorerie baisse. C'est l'erreur classique. La dotation ne fait sortir aucun argent ; elle en fait même économiser via l'impôt.
  • Oublier l'impôt. Sans impôt, le résultat net baisserait de 10 et la trésorerie ne bougerait pas. C'est un cas particulier, pas la réponse attendue.
  • Toucher aux dettes ou aux CAPEX. Les CAPEX concernent l'achat d'immobilisations, pas leur amortissement. Le flux d'investissement reste à zéro.
  • Parler de « dépréciation ». En français, la dépréciation désigne une perte de valeur exceptionnelle (impairment). Pour le « depreciation » anglais, dites bien amortissement.
  • Modifier l'EBITDA. Il est calculé avant D&A : il ne change pas.

Les variantes à connaître

Les recruteurs aiment pousser la question un cran plus loin. Préparez ces deux variantes.

Avec un autre taux d'impôt

Les formules restent valables quel que soit le taux. Avec un taux de 40 % :

  • Résultat net : 10 × (1 − 40 %) = −6 $
  • Trésorerie : 10 × 40 % = +4 $
  • PP&E nettes : −10 $
  • Actif total : +4 − 10 = −6 $, égal à la baisse des capitaux propres

Et si c'était du goodwill ?

En IFRS, le goodwill n'est pas amorti : il fait l'objet d'un test de dépréciation au moins une fois par an. C'est aussi la règle en US GAAP pour les sociétés cotées. Si le recruteur parle d'une perte de valeur du goodwill, vous êtes face à une dépréciation, un autre exercice. Le traitement comptable est proche (charge non décaissée), mais la déductibilité fiscale n'est pas acquise : dans ce cas, l'impôt payé peut ne pas baisser.

En résumé

Une hausse de 10 $ de la dotation aux amortissements, avec un impôt à 25 %, c'est :

  • −7,5 $ de résultat net
  • +2,5 $ de trésorerie, grâce à l'économie d'impôt
  • −10 $ d'immobilisations nettes et −7,5 $ de capitaux propres

Si vous retenez une seule idée : l'amortissement réduit le résultat, mais augmente la trésorerie, parce que c'est une charge non décaissée qui fait baisser l'impôt. Entraînez-vous à dérouler le raisonnement à voix haute jusqu'à ce qu'il devienne un réflexe. Vous serez prêt pour toutes les variantes de cette question.

Entraînement

Maintenant, dites-le à voix haute.

Travaillez de vraies questions d’entretien avec leurs réponses modèles, faites corriger chaque réponse et passez des entretiens blancs face à un banquier.

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