« Présentez-moi les 3 états financiers » : la réponse modèle et les questions de relance
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C'est l'une des questions techniques les plus fréquentes en entretien de banque d'affaires, en stage comme en CDI. Elle paraît simple, mais elle sert de porte d'entrée : selon votre réponse, l'interviewer enchaînera sur des questions de plus en plus pointues.
Dans cet article, vous trouverez une réponse modèle à réciter en une minute, le détail de chaque état financier, et surtout les questions de relance que l'on vous posera presque à coup sûr, avec des réponses chiffrées.
Pourquoi cette question revient dans presque tous les entretiens
L'interviewer ne cherche pas à savoir si vous avez lu un manuel de comptabilité. Il veut vérifier trois choses :
- Vous maîtrisez les bases : sans compréhension des états financiers, impossible de construire un modèle ou une valorisation.
- Vous savez structurer une réponse : un banquier doit expliquer clairement des sujets techniques à un client.
- Vous comprenez les liens entre les états. C'est ce point qui distingue un bon candidat d'un candidat moyen.
Gardez en tête que la réponse attendue est courte. Une minute, une minute trente au maximum. Si vous partez dans un exposé de cinq minutes, vous perdez votre interlocuteur.
La structure d'une bonne réponse
Une réponse efficace suit toujours le même plan :
- Le compte de résultat : la performance sur une période.
- Le bilan : la photographie du patrimoine à une date donnée.
- Le tableau des flux de trésorerie : les entrées et sorties de cash sur la période.
- Les liens entre les trois : c'est la partie qui fait la différence.
Pour chaque état, donnez sa définition, ses grandes lignes, et passez au suivant. Pas besoin de détailler chaque poste.
La réponse modèle
Voici une version que vous pouvez adapter avec vos propres mots :
« Les trois principaux états financiers sont le compte de résultat, le bilan et le tableau des flux de trésorerie.
Le compte de résultat mesure la performance d'une entreprise sur une période, par exemple un trimestre ou une année. Il part du chiffre d'affaires, retire le coût des ventes pour obtenir la marge brute, puis les charges opérationnelles pour obtenir le résultat d'exploitation. On retire ensuite les intérêts et l'impôt pour arriver au résultat net.
Le bilan donne une photographie de l'entreprise à une date précise. Il présente d'un côté les actifs, c'est-à-dire ce que l'entreprise possède, comme la trésorerie, les stocks, les créances clients ou les immobilisations. De l'autre, les passifs et les capitaux propres, c'est-à-dire la manière dont ces actifs sont financés. Les deux côtés sont toujours égaux.
Le tableau des flux de trésorerie explique la variation de la trésorerie sur la période. Il part du résultat net, réintègre les charges non décaissées comme les amortissements, et intègre la variation du BFR pour obtenir les flux liés aux activités opérationnelles. Viennent ensuite les flux d'investissement, comme les CAPEX, et les flux de financement, comme les émissions ou remboursements de dette, les dividendes ou les rachats d'actions.
Les trois états sont liés : le résultat net du compte de résultat est le point de départ du tableau des flux de trésorerie et vient alimenter les capitaux propres au bilan. La variation de trésorerie calculée dans le tableau des flux correspond à la variation du poste trésorerie au bilan. »
Cette réponse tient en une minute environ. Elle est complète, structurée, et elle tend la perche aux questions de relance.
Le détail de chaque état financier
Vous n'avez pas besoin de tout dire en entretien, mais vous devez comprendre chaque poste pour pouvoir répondre aux relances.
Le compte de résultat
Il se lit de haut en bas, du chiffre d'affaires jusqu'au résultat net :
- Chiffre d'affaires
- moins coût des ventes = marge brute
- moins charges opérationnelles (frais commerciaux, frais généraux et administratifs, R&D, D&A) = résultat d'exploitation (proche de l'EBIT)
- moins intérêts = résultat avant impôt (EBT)
- moins impôt = résultat net
Point clé : le compte de résultat est établi selon le principe des droits constatés. Une vente est enregistrée quand elle est réalisée, même si le client n'a pas encore payé. C'est pour cela que résultat net et trésorerie ne coïncident pas.
Le bilan
Il repose sur une égalité fondamentale :
Actifs = Passifs + Capitaux propres
Côté actif :
- Actifs non courants : immobilisations corporelles (PP&E), immobilisations incorporelles, goodwill
- Actifs courants : trésorerie, créances clients, stocks, charges constatées d'avance
Côté passif :
- Capitaux propres : capital social, réserves, résultat de l'exercice
- Dettes non courantes : dette financière à long terme, dettes locatives, impôts différés passifs
- Dettes courantes : dettes fournisseurs, charges à payer, produits constatés d'avance, part à court terme de la dette
Petite précision utile : dans la présentation française, les capitaux propres figurent du côté du passif, au sens large. Les manuels anglo-saxons parlent plutôt de « liabilities and equity ». Le fond est identique.
Le tableau des flux de trésorerie
Il se décompose en trois blocs :
- Flux liés aux activités opérationnelles : résultat net, plus les charges non décaissées (D&A, rémunération en actions, dépréciations), plus ou moins la variation du BFR.
- Flux liés aux activités d'investissement : CAPEX, acquisitions, cessions d'actifs.
- Flux liés aux activités de financement : émission ou remboursement de dette, augmentation de capital, dividendes, rachats d'actions.
La somme des trois donne la variation de trésorerie de la période.
Comment les trois états sont liés
C'est la partie sur laquelle l'interviewer va insister. Retenez ces quatre liens principaux :
- Le résultat net est la dernière ligne du compte de résultat et la première ligne du tableau des flux de trésorerie.
- Le résultat net (moins les dividendes versés) vient augmenter les capitaux propres au bilan, via les réserves.
- Les D&A réduisent le résultat au compte de résultat, sont réintégrées dans le tableau des flux, et diminuent la valeur des immobilisations au bilan.
- La variation de trésorerie du tableau des flux correspond exactement à l'écart entre la trésorerie au bilan d'ouverture et celle au bilan de clôture.
Si vous maîtrisez ces liens, vous saurez répondre à presque toutes les questions de relance.
Les questions de relance (et comment y répondre)
1. « Si vous ne pouviez utiliser qu'un seul état financier pour juger de la santé d'une entreprise, lequel choisiriez-vous ? »
La réponse la plus courante est le tableau des flux de trésorerie. Il montre la capacité réelle de l'entreprise à générer du cash, ce qui est plus difficile à « habiller » comptablement qu'un résultat net.
Ce qui compte, c'est votre justification. Vous pouvez aussi nuancer : avec le bilan et le compte de résultat ensemble, on peut reconstruire le tableau des flux de trésorerie. Si l'interviewer vous autorise deux états, ce sont donc ces deux-là qu'il faut choisir.
2. « Les D&A augmentent de 10. Quel est l'impact sur les trois états financiers ? »
C'est la question classique. Prenons un taux d'impôt de 25 %, le taux normal de l'impôt sur les sociétés en France, et supposons que les D&A sont déductibles fiscalement.
Compte de résultat :
- Résultat d'exploitation : -10
- Impôt : -2,5 (10 × 25 %), donc une économie d'impôt
- Résultat net : -7,5
Tableau des flux de trésorerie :
- Résultat net : -7,5
- Réintégration des D&A, charge non décaissée : +10
- Variation de trésorerie : +2,5
Bilan :
- Actif : trésorerie +2,5, immobilisations -10, soit -7,5 au total
- Passif : capitaux propres -7,5 (via le résultat net)
Le bilan est équilibré : -7,5 de chaque côté. Notez l'idée clé : une hausse des D&A augmente la trésorerie grâce à l'économie d'impôt, alors qu'elle réduit le résultat net.
3. « L'entreprise achète pour 10 de stocks, payés en trésorerie. Que se passe-t-il ? »
Compte de résultat : aucun impact. Les stocks ne passent en charge (dans le coût des ventes) qu'au moment de leur vente.
Tableau des flux de trésorerie : la hausse des stocks augmente le BFR, donc -10 dans les flux liés aux activités opérationnelles. Variation de trésorerie : -10.
Bilan : stocks +10, trésorerie -10. Le total de l'actif ne bouge pas, le bilan reste équilibré.
4. « L'entreprise verse 10 de dividendes. Impact ? »
Compte de résultat : aucun impact. Un dividende n'est pas une charge, c'est une distribution aux actionnaires.
Tableau des flux de trésorerie : -10 dans les flux de financement.
Bilan : trésorerie -10 à l'actif, capitaux propres -10 au passif.
C'est un piège fréquent : beaucoup de candidats font passer les dividendes dans le compte de résultat. Ne tombez pas dedans.
5. « Comment une entreprise rentable peut-elle faire faillite ? »
Parce que résultat net et trésorerie ne sont pas la même chose. Une entreprise peut afficher un bénéfice tout en manquant de cash, par exemple si :
- ses clients paient très tard (créances clients qui gonflent) ;
- elle doit constituer beaucoup de stocks ;
- elle a de lourdes échéances de dette à rembourser ;
- elle investit massivement en CAPEX.
Une entreprise fait défaut quand elle ne peut plus payer ses dettes, pas quand elle est déficitaire. C'est toute l'importance du tableau des flux de trésorerie.
6. « Où apparaît la rémunération en actions dans les états financiers ? »
Prenons 10 de rémunération en actions, en supposant pour simplifier qu'elle est déductible fiscalement (le traitement fiscal varie selon les pays).
- Compte de résultat : charge de -10, résultat net -7,5.
- Tableau des flux de trésorerie : résultat net -7,5, puis réintégration de +10 car c'est une charge non décaissée. Trésorerie +2,5.
- Bilan : trésorerie +2,5 à l'actif. Au passif, capitaux propres -7,5 (résultat net) et +10 (actions émises au profit des salariés), soit +2,5.
Bonus pour impressionner : rappelez que même si c'est une charge non décaissée, la rémunération en actions a un coût économique réel pour les actionnaires, sous forme de dilution.
7. « Quelle est la différence entre EBITDA et flux de trésorerie opérationnel ? »
L'EBITDA est un indicateur de performance opérationnelle avant D&A. Il ne tient pas compte :
- de l'impôt ;
- des intérêts ;
- de la variation du BFR.
Le flux de trésorerie lié aux activités opérationnelles, lui, intègre ces éléments. Et pour aller jusqu'au free cash flow, il faut encore retirer les CAPEX.
Les erreurs à éviter
- Dire « revenu » au lieu de « chiffre d'affaires » : le mot revenu désigne un revenu personnel.
- Dire « dépréciation » pour les D&A : en français, une dépréciation est une perte de valeur d'un actif. Parlez d'amortissement.
- Oublier l'impôt dans les questions d'impact. C'est l'erreur la plus fréquente sur la question des D&A.
- Faire passer les dividendes ou l'achat de stocks par le compte de résultat.
- Répondre trop longuement. La réponse modèle doit tenir en une minute. Laissez l'interviewer creuser.
- Ne pas vérifier l'équilibre du bilan à la fin de chaque question d'impact. Si vos deux côtés ne sont pas égaux, il y a une erreur quelque part : dites-le et reprenez calmement.
En résumé
Pour réussir cette question, retenez trois choses :
- Une structure claire : compte de résultat, bilan, tableau des flux de trésorerie, puis les liens.
- Une réponse courte d'environ une minute, que vous avez répétée à voix haute.
- Une méthode systématique pour les questions d'impact : compte de résultat, puis tableau des flux, puis bilan, sans oublier l'impôt, et en vérifiant que le bilan s'équilibre.
Entraînez-vous sur les exemples de cet article jusqu'à pouvoir les dérouler sans hésiter. Ensuite, inventez vos propres variantes : hausse de la dette, dépréciation d'un actif, augmentation des créances clients. Plus vous en ferez, plus ces questions deviendront des points faciles le jour de l'entretien.