Préparer un entretien en banque d'affaires en 6 semaines : le plan semaine par semaine
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Vous avez décroché un entretien, ou vous savez que la période de recrutement approche, et vous vous demandez par où commencer ? Six semaines, c'est un bon horizon : assez long pour maîtriser la technique et construire un discours solide, assez court pour garder le rythme sans vous épuiser.
Le problème, c'est que la plupart des candidats révisent dans le désordre. Ils enchaînent les questions techniques sans les comprendre, préparent leur présentation la veille et arrivent sans rien avoir à dire sur l'actualité des marchés. Ce plan vous évite ce piège : chaque semaine a un objectif précis, et chaque bloc s'appuie sur le précédent.
Avant de commencer : trois principes
1. Comprendre plutôt qu'apprendre par cœur
Un recruteur repère en quelques secondes une réponse récitée. Il lui suffit d'une relance (« Et si le taux d'impôt était de 30 % ? ») pour faire tomber un candidat qui a mémorisé sans comprendre. Votre objectif : être capable de refaire le raisonnement à voix haute, avec n'importe quels chiffres.
2. Mener deux chantiers en parallèle
Un entretien en banque d'affaires, c'est deux épreuves en une :
- La technique : comptabilité, valorisation, M&A, LBO.
- Le fit : votre parcours, votre motivation, votre capacité à vous intégrer dans une équipe.
Beaucoup de candidats passent 90 % de leur temps sur la technique. Erreur : un mauvais « présentez-vous » peut vous éliminer avant même la première question sur le DCF.
3. Parler à voix haute dès la première semaine
Savoir une réponse et savoir la formuler clairement en une minute, ce n'est pas la même chose. Entraînez-vous à l'oral dès le début, même seul face à votre téléphone.
Côté volume, comptez une à deux heures par jour en semaine, un peu plus le week-end. Adaptez selon votre emploi du temps : la régularité compte plus que les marathons.
Semaine 1 : les fondations comptables et votre histoire
Objectif technique : maîtriser les trois états financiers
Tout le reste (valorisation, LBO, M&A) repose sur la comptabilité. Cette semaine, vous devez savoir expliquer sans hésiter :
- Le compte de résultat : du chiffre d'affaires au résultat net, en passant par la marge brute, l'EBITDA, le résultat d'exploitation (EBIT) et l'impôt.
- Le bilan : actifs, passifs et capitaux propres, et pourquoi il est toujours équilibré.
- Le tableau des flux de trésorerie : flux d'exploitation, d'investissement et de financement.
- Les liens entre les trois, c'est-à-dire la question incontournable : « Que se passe-t-il si les D&A augmentent de 10 ? »
Faisons-la ensemble, avec un taux d'impôt de 25 % :
- Compte de résultat : l'EBIT baisse de 10. L'impôt baisse de 2,5. Le résultat net baisse donc de 7,5.
- Tableau des flux de trésorerie : on part d'un résultat net en baisse de 7,5, puis on réintègre les D&A (+10), car c'est une charge non décaissée. La trésorerie augmente de 2,5.
- Bilan : à l'actif, les immobilisations (PP&E) baissent de 10 et la trésorerie augmente de 2,5, soit un actif en baisse de 7,5. Au passif, les capitaux propres baissent de 7,5 via le résultat net. Le bilan est équilibré.
Une fois ce raisonnement acquis, déclinez-le : hausse des stocks, augmentation de capital, remboursement de dette, dépréciation du goodwill. Le mécanisme est toujours le même.
Ajoutez aussi les notions de besoin en fonds de roulement (BFR) : créances clients, stocks, dettes fournisseurs, et ce que signifie une hausse du BFR pour la trésorerie (elle consomme du cash).
Objectif fit : écrire votre « présentez-vous »
C'est souvent la première question, et elle donne le ton de tout l'entretien. Visez une à deux minutes, avec une structure simple :
- D'où vous venez : formation, éléments marquants.
- Ce que vous avez fait : stages, projets, expériences qui vous ont rapproché de la finance.
- Pourquoi vous êtes là : ce qui vous amène logiquement à ce poste dans cette banque.
Le fil conducteur doit être clair : chaque étape mène à la suivante. Écrivez-le cette semaine, puis répétez-le à voix haute jusqu'à ce qu'il sonne naturel.
Semaine 2 : la valorisation
Les trois grandes méthodes
Vous devez pouvoir présenter chacune d'elles, avec ses avantages et ses limites :
- Les comparables boursiers : on applique à la cible les multiples de sociétés cotées similaires (EV/EBITDA, P/E...).
- Les transactions comparables : on regarde les multiples payés lors d'acquisitions récentes dans le secteur. Ils intègrent généralement une prime de contrôle, ce qui donne souvent des valorisations plus élevées.
- Le DCF : on actualise les flux de trésorerie disponibles futurs et une valeur terminale au WACC.
Le pont entre valeur d'entreprise et valeur des fonds propres
C'est une source d'erreurs classique. Retenez la logique : la valeur d'entreprise représente la valeur de l'activité pour l'ensemble des apporteurs de capitaux, la valeur des fonds propres ce qui revient aux actionnaires.
Exemple simplifié : une société a une valeur des fonds propres de 800 et une dette nette de 200. Sa valeur d'entreprise est de 1 000. Si elle génère 100 d'EBITDA, elle se traite à 10x EV/EBITDA.
En entretien, on vous demandera aussi les autres éléments du pont : intérêts minoritaires, actions de préférence, participations dans des sociétés mises en équivalence. Sachez dans quel sens chacun joue.
Le DCF en détail
Préparez-vous à dérouler un DCF de bout en bout :
- Projeter le free cash flow : EBIT après impôt (NOPAT), plus D&A, moins CAPEX, moins variation du BFR.
- Calculer la valeur terminale, par la méthode de Gordon-Shapiro (croissance à l'infini) ou par un multiple de sortie.
- Actualiser au WACC, qui combine le coût des fonds propres (souvent estimé via le MEDAF : taux sans risque plus bêta multiplié par la prime de risque du marché) et le coût de la dette après impôt.
Une relance fréquente : « Pourquoi déduit-on l'impôt du coût de la dette ? » Réponse : parce que les intérêts sont déductibles fiscalement, ce qui réduit leur coût réel pour l'entreprise.
Semaine 3 : M&A, LBO et votre motivation
Les bases du M&A
Concentrez-vous sur ce qui revient le plus souvent :
- Pourquoi une entreprise en rachète une autre : synergies de revenus et de coûts, accès à un marché, à une technologie, consolidation.
- Paiement en numéraire ou en titres : avantages et inconvénients de chaque option pour l'acquéreur et pour les actionnaires de la cible.
- Relutif ou dilutif : l'opération augmente-t-elle ou diminue-t-elle le BPA de l'acquéreur ?
Un raccourci utile pour une opération payée intégralement en titres : si le P/E de l'acquéreur est supérieur au P/E payé pour la cible, l'opération est relutive (hors synergies et frais). Sachez aussi expliquer pourquoi, plutôt que de citer la règle.
Les bases du LBO
Le LBO est un passage obligé, surtout si vous visez des équipes qui travaillent beaucoup avec des fonds de private equity. Comprenez la logique : un sponsor achète une société en finançant une large part du prix par de la dette, rembourse cette dette grâce aux flux de trésorerie de la cible, puis revend.
Entraînez-vous au calcul de tête. Exemple :
- Entrée : EBITDA de 100, multiple de 10x, soit une valeur d'entreprise de 1 000. Financement : 600 de dette, 400 de fonds propres.
- Sortie à 5 ans : l'EBITDA est passé à 150, revente au même multiple de 10x, soit 1 500. Il reste 400 de dette.
- Fonds propres à la sortie : 1 500 moins 400, soit 1 100.
- Multiple : 1 100 / 400 = 2,75x. Sur 5 ans, cela correspond à un IRR d'environ 22 à 23 %.
Retenez quelques repères pour estimer un IRR de tête sur 5 ans : 2x correspond à environ 15 %, 3x à environ 25 %.
Sachez enfin citer les leviers de création de valeur : croissance de l'EBITDA, remboursement de la dette, et éventuelle expansion du multiple.
Objectif fit : les trois « pourquoi »
Préparez des réponses précises et personnelles à :
- Pourquoi la banque d'affaires ?
- Pourquoi ce métier (M&A, marchés de capitaux, leveraged finance...) ?
- Pourquoi cette banque ?
La troisième est celle où les candidats sont les plus faibles. « C'est une banque prestigieuse » ne suffit pas. Citez des opérations récentes, le positionnement sectoriel, la taille des équipes, une conversation avec quelqu'un qui y travaille.
Semaine 4 : l'actualité et vos opérations
Suivre les marchés
À partir de maintenant, consacrez 15 à 20 minutes par jour à l'actualité financière. Vous devez pouvoir parler :
- Du niveau approximatif des grands indices et de leur tendance récente.
- De la politique monétaire (BCE, Fed) et de son impact sur les opérations.
- De l'état du marché du M&A et des introductions en bourse.
Préparer deux ou trois deals
C'est une question quasi systématique : « Parlez-moi d'une opération récente qui vous a intéressé. » Choisissez deux ou trois opérations et préparez pour chacune :
- Les parties : acquéreur, cible, conseils si possible.
- Les termes : valorisation, multiple, mode de paiement.
- La logique stratégique : pourquoi cette opération a du sens (ou pas).
- Votre avis : c'est ce qui fait la différence.
Si l'une de ces opérations a été conseillée par la banque où vous postulez, c'est encore mieux. Vérifiez simplement vos chiffres dans les communiqués officiels.
Le calcul mental
Certaines banques glissent des questions de calcul rapide ou des brain teasers. Quelques minutes par jour suffisent : pourcentages, multiplications à deux chiffres, conversions d'IRR.
Semaine 5 : l'entraînement intensif
Les questions comportementales
Préparez des histoires concrètes pour les grands classiques :
- Un moment où vous avez travaillé sous pression.
- Un conflit dans une équipe et comment vous l'avez géré.
- Un échec et ce que vous en avez tiré.
- Une situation où vous avez fait preuve de leadership.
Utilisez la méthode STAR : Situation, Tâche, Action, Résultat. Insistez sur l'action, c'est-à-dire ce que vous avez fait, pas l'équipe.
Les entretiens blancs
C'est la semaine la plus importante. Visez au moins trois ou quatre entretiens blancs dans des conditions réelles :
- Avec un ami qui prépare les mêmes recrutements.
- Avec un ancien de votre école en poste.
- Avec un professionnel, si vous en avez l'occasion.
Demandez un retour honnête à chaque fois : clarté, durée des réponses, attitude, réflexes en cas de question inattendue. Notez vos points faibles : ce sont eux que vous travaillerez en semaine 6.
Semaine 6 : affiner et arriver serein
Combler les trous
Reprenez la liste de vos points faibles. Si vous hésitez encore sur le pont entre valeur d'entreprise et valeur des fonds propres, ou sur un enchaînement des états financiers, c'est maintenant qu'il faut le régler. Ne découvrez pas de nouvelles notions cette semaine : consolidez.
Préparer vos questions
À la fin de l'entretien, on vous demandera presque toujours : « Avez-vous des questions ? » Préparez-en deux ou trois sincères, sur le quotidien de l'équipe, le type d'opérations, la façon dont les juniors sont formés. Évitez les questions dont la réponse se trouve sur le site de la banque.
La logistique
- Relisez votre CV : chaque ligne peut faire l'objet d'une question.
- Vérifiez l'heure, le lieu ou le lien de visioconférence, le nom de vos interlocuteurs.
- Préparez votre tenue la veille.
Lever le pied la veille
La veille, une relecture légère de vos fiches suffit. Un candidat reposé et clair vaut mieux qu'un candidat qui a révisé jusqu'à deux heures du matin.
Le fil rouge des six semaines : le networking
Tout au long de ces six semaines, gardez un objectif simple : une ou deux conversations par semaine avec des personnes en poste dans les banques qui vous intéressent. Ces échanges nourrissent votre réponse à « Pourquoi cette banque ? », vous apprennent le vocabulaire du métier et peuvent parfois vous ouvrir des portes.
Préparez chaque échange : renseignez-vous sur la personne, ayez trois ou quatre questions précises, et envoyez un message de remerciement dans les 24 heures.
Récapitulatif du plan
| Semaine | Technique | Fit et préparation |
|---|---|---|
| 1 | Comptabilité, liens entre les états financiers | Présentation personnelle |
| 2 | Valorisation : comparables, DCF, pont EV / fonds propres | Répétition de la présentation |
| 3 | M&A, relution/dilution, LBO | Les trois « pourquoi » |
| 4 | Calcul mental, révisions | Actualité, deals préparés |
| 5 | Révisions ciblées | Questions comportementales, entretiens blancs |
| 6 | Consolidation des points faibles | Questions à poser, logistique, repos |
Six semaines bien utilisées suffisent pour arriver en entretien avec une technique solide, un discours cohérent et une vraie connaissance des marchés. La clé n'est pas de tout savoir, mais de comprendre ce que vous dites et de le dire clairement. Commencez dès aujourd'hui par la semaine 1 : ouvrez un compte de résultat, et racontez-vous votre propre histoire à voix haute.